Il existe un village, au cœur du centre-ouest de la Sardaigne, où l’air sent les agrumes et où les pierres racontent des histoires anciennes. C’est Milis, au pied du Montiferru, au milieu des sources d’eau douce et des étendues fertiles qui, depuis des siècles, donnent vie à l’une des traditions agrumicoles les plus renommées de l’île. C’est ici, au milieu des jardins d’orangers et de citronniers, que les moines camaldule sont arrivés au XIIIe siècle et ont laissé une empreinte profonde : ils ont cultivé la terre, construit des églises et initié une histoire de travail et de spiritualité qui est encore dans l’air aujourd’hui.
Les habitants de Milis ont toujours été travailleurs et déterminés, capables non seulement de faire fructifier une terre généreuse, mais aussi d’amener ses produits sur les marchés de toute la Sardaigne. Des commerçants appréciés, des agriculteurs experts, des gardiens d’une culture qui allie tradition et esprit d’entreprise.
Se promener dans le village est un voyage dans le temps. L « église paroissiale de San Sebastiano, le palais Boyl qui accueillait la royauté et les écrivains, les rues qui sentent l’histoire et le vin Vernaccia. Non loin de là, le portail de Villaflor ouvre la voie à une forêt qui fut jadis un lieu de méditation et de travail monastique. Et parmi les agrumes, l » église romane de San Paolo se dévoile avec son élégante façade bicolore et son intérieur précieux.
C’est dans ce contexte qu’au début du XXe siècle, la Villa Pernis Vacca a été construite. Villa Pernis Vacca. Un bâtiment qui n’interrompt pas le récit, mais le poursuit avec une nouvelle voix : celle de la modernisation agricole, de l’élevage de chevaux, de l’expérimentation. Un lieu où l’histoire s’ouvre à l’avenir, sans jamais oublier ses racines. Bienvenue à Milis, bienvenue à la Villa.
Centre historique
Se promener dans le centre historique de Milis, c’est comme parcourir les pages d’un récit où se mêlent la pierre, la mémoire et la dévotion. La ville, née au XIIIe siècle, était la capitale du curatorium Campidano di Milis dans le Giudicato d’Arborea, jouant un rôle important dans l’organisation administrative médiévale de la Sardaigne. Cette importance se reflète encore aujourd’hui dans le tracé urbain, les détails architecturaux et l’atmosphère que l’on respire dans les rues pavées.
Les maisons du centre, construites en basalte sombre et ornées de portails en grès, témoignent d’une longue tradition de construction sobre et élégante. Dans les rues les plus anciennes, on aperçoit des cours intérieures, des loggias en bois et des signes d’un passé agricole qui a longtemps coexisté avec l’identité aristocratique de la ville. Le cœur battant du centre est la Piazza Martiri, lieu de rencontre et de vie communautaire, surplombée par des bâtiments historiques et l’église paroissiale de San Sebastiano.
L’église, construite au XVIe siècle, est un bel exemple d’architecture gothique catalane. Avec sa façade en pierre locale et ses lignes épurées, elle abrite de précieuses œuvres d’art, dont une statue en bois du saint martyr et une peinture de saint Sébastien datant du XVIIe siècle. Chaque année, le lieu s’anime pendant la Semaine sainte, lorsque les célébrations religieuses réveillent l’identité la plus profonde de la ville. Parmi les moments les plus évocateurs : sa latterala descente de la statue de Jésus, et s’incontrula reconstitution de la rencontre entre le Christ ressuscité et la Vierge Marie le dimanche de Pâques.
Milis est également le gardien d’une ancienne tradition agricole, perpétuée avec soin et dévouement. Agrumes, céréales et vernaccia proviennent d’une terre généreuse, cultivée depuis le Moyen Âge grâce au travail des moines camaldule, qui ont transformé le territoire en un jardin productif, comme en témoigne la zone de s’Ortu de is Paras.
Le centre historique de Milis est en effet une invitation à ralentir : découvrir, pas à pas, une ville qui a su préserver son identité en entremêlant histoire, paysage et communauté.
Palais Boyl
Au cœur du centre historique de Milis, à côté de l’église paroissiale de San Sebastiano, se dresse l’un des édifices les plus représentatifs de la Sardaigne intérieure : le Palazzo Boyl. Plus qu’une résidence, il s’agit d’un récit architectural qui traverse les siècles, reflétant le prestige de deux grandes familles et le changement de toute une communauté.
Ses origines remontent probablement au XIVe siècle, époque à laquelle un monastère camaldule existait sur le site. Quelques traces médiévales, encore visibles dans la partie arrière, témoignent de la vie ancienne du bâtiment. À partir du XIVe siècle, le palais est devenu une résidence noble et, au XVIIe siècle, il a été entièrement reconstruit, incorporant l’ancienne structure dans un nouveau plan architectural.
Pendant des siècles, il a appartenu à la famille Vacca, avant d’entrer, à la fin du XVIIIe siècle, dans le patrimoine de la famille Boyl grâce au mariage de Maddalena Vacca Salazar avec le marquis Vittorio Boyl de Putifigari, un ingénieur militaire. C’est lui, avec son frère Carlo, qui a promu un agrandissement et une restauration radicale inspirée du goût néoclassique piémontais.
La façade rouge pompéienne se distingue par son équilibre et son raffinement : quatre colonnes plates à chapiteaux ioniques encadrent le corps central, où s’ouvrent des balcons en fer forgé, une grande horloge blanche et quatre bustes en marbre représentant les saisons. À l’intérieur, les pièces spacieuses conservent des stucs, des mosaïques et un mobilier qui restituent la sobre élégance de la noblesse du XIXe siècle.
Aujourd’hui, l « étage supérieur abrite le musée du costume et des bijoux sardes, une collection unique de vêtements, de textiles et d’ornements qui témoigne de la richesse des traditions de l » île. La cour intérieure abrite un petit amphithéâtre qui accueille des événements culturels et des concerts.
Des personnages illustres ont séjourné dans ces murs : le roi Carlo Felice, Carlo Alberto, Alberto La Marmora, Grazia Deledda, D’Annunzio, Honoré de Balzac et Antoine Claude Pasquin dit « Valery » qui, en 1837, comparait les agrumes de Milis aux jardins des Hespérides.
Aujourd’hui, le Palazzo Boyl reste un lieu de mémoire, d’art et de beauté partagée.
Forêt de Villafior
En franchissant le portail de pierre qui marque l’entrée, on a immédiatement la sensation de pénétrer dans un lieu hors du temps : la forêt de Villaflor, connue sous le nom de « S Ortu de is Paras ». S’Ortu de is Parasest bien plus qu’une simple plantation d’agrumes. C’est un fragment vivant de l’histoire de Milis, où la nature, la spiritualité et la mémoire s’entremêlent entre les orangers et les sentiers ombragés.
Le nom sarde S’Ortu de is Paras signifie « le jardin des moines » et rappelle la présence des moines camaldule de Bonarcado qui, au XIIe siècle, ont commencé l’une des premières cultures d’agrumes de l’île. Les moines ont transformé la terre en un jardin productif, où la sagesse agricole était associée à la spiritualité et au respect du paysage.
Au XIXe siècle, le jardin est passé aux mains de la famille Pilo Boyl, qui l’a rebaptisé Forêt de Villaflor et en a amélioré l’accès par la construction d’un portail monumental de style gothique-catalan. Réalisé en trachyte rouge et en grès de Sinis, le portail se distingue par son arc brisé, ses cuspides et son couronnement crénelé, qui rappellent l’imagerie des châteaux médiévaux. Un seuil symbolique et concret qui s’ouvre sur un monde où la nature est le protagoniste et où l’histoire vit dans le silence des feuilles.
Au fil des siècles, la forêt a fasciné les voyageurs et les personnalités illustres : le roi Charles Albert l’a parcourue en 1829, Gabriele d’Annunzio a chanté sa beauté, l’écrivain Valéry l’a qualifiée de « jardin des Hespérides » et le naturaliste Alberto La Marmora a documenté son extraordinaire richesse végétale. Célèbre est l’oranger séculaire que, dit-on, deux hommes ne purent embrasser.
Aujourd’hui, le bois de Villaflor est un lieu à vivre lentement, entre senteurs d’agrumes et souvenirs suspendus. Un coin de Sardaigne qui continue d’enchanter ceux qui le traversent, avec le charme intemporel des jardins légendaires.
Église Saint-Paul
Dans la plaine agricole de Milis, au milieu des plantations d’agrumes qui dessinent son paysage, se dresse l’église de San Paolo : un petit chef-d’œuvre de l’architecture romane de l’île, qui frappe au premier coup d’œil par sa façade en pierre bicolore. L’alternance de bandes horizontales de calcaire clair et de basalte foncé crée un élégant jeu de contrastes qui rend l’édifice immédiatement reconnaissable et en parfaite harmonie avec la sobriété du paysage rural.
Construite entre le XIIe et le XIIIe siècle, probablement par des moines camaldules actifs dans la région, l’église est l’un des plus anciens édifices religieux de la région. Elle se trouve à côté du cimetière de Milis, le long de l’ancienne route qui reliait les centres du Campidano d’Oristano. Le style roman, avec sa monumentalité sobre, reflète une époque où les gens cherchaient la stabilité, la protection et la spiritualité dans la pierre. Chaque élément architectural est conçu pour durer et transmettre un sens de l’ordre et du sacré.
Le plan en croix de la commissa – avec trois nefs et un transept bien défini – guide le visiteur dans un espace harmonieux et accueillant. L’intérieur, également construit avec des matériaux locaux tels que le calcaire, le tuf et le basalte, dégage une atmosphère de tranquillité sobre, renforcée par la faible lumière qui filtre à travers les petites ouvertures. Les arcs en plein cintre, les pilastres et les chapiteaux simples mais proportionnés contribuent à un sentiment d’équilibre et de protection.
Le portail principal, architravé et décoré de motifs floraux et symboliques, mène à un espace qui, malgré son caractère essentiel, conserve encore des fresques et des peintures dédiées à saint Paul. Certains détails suggèrent que plusieurs artisans, actifs à des périodes successives et capables d’intégrer différents éléments dans un ensemble harmonieux, ont participé à sa construction.
Aujourd’hui, l’église San Paolo est un lieu silencieux et intime où la foi, la mémoire et le paysage se rencontrent. Un édifice qui n’a pas perdu sa fonction de gardien spirituel de la communauté et qui continue, des siècles après sa fondation, à parler le langage intemporel de la pierre.
Ancienne ville de la région du haut Oristanese, dans le centre-ouest de la Sardaigne, célèbre pour ses excellents produits alimentaires, la région de Milis est parsemée de bâtiments historiques et entourée de magnifiques paysages.